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Exploration de la nature

LE SENTIER DES LUCIOLES

L’été battait son plein et nous offrait les plus belles des soirées, sillonnées d’étoiles filantes, propres à toutes les spéculations fumeuses d’imaginaires débridés.

La radio à lampes Philips avec son œil magique se reposait.

France Inter avait distillé les nouvelles belles ou mauvaises, mais toujours avec élégance, histoire de ne pas perturber l’ordonnancement de nos nuits.

La guerre des six jours fut une fulgurance, et Moshe Dayan, homme de l’année 1967, son grand « pacificateur » pour Israël, ou «bourreau » pour l’Egypte.

Reprenant ainsi notre philosophe auvergnat préféré, perdu dans « Les pensées », Blaise pascal : « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà".

Tout ceci restant bien trop éloigné de nos contingences festives et égoïstes d’irréductibles galopins. Soursac préparait sa fête votive, et c’était à qui gravirait son mât de cocagne et décrocherait son Jésus de Lyon, à l’unique condition de pouvoir l’atteindre, faisant fi du savon noir l’enduisant …

Avant de rejoindre les draps de chanvre et de lin dont le fil venait d’Autranges, nous nous soumettions au rituel de la promenade nocturne, sous le ciel étoilé, sans pollution visuelle, nous n’en connaissions même pas l’idée, la lampe de poche Leclanché dans la poche, au cas où …

Les buissons ressemblaient au ciel, saupoudrés de vers luisants, d’un jaune vert mystérieux et mystiques.

La futaie était agitée de soubresauts, repaires à belettes, garennes, blaireaux et mulots. Constituants autant de raison de  trembler dans nos culottes courtes.

Heureusement Bebel nous rassurait de son mieux, sauf si l’envie de se distraire à nos dépens lui prenait. Il disparaissait derrière des piles de bois en poussant des cris, auxquels nous répondions par des hurlements de terreur, persuadés que notre dernière heure était venue.

Le chemin de la Sogne était certainement le plus propice à nos tourments passagers, entre fougères, genêts et piles de bois, fantômes hantant l’obscurité.

Nous étions hauts comme deux pommes et demie, reniflant la vie comme des chiots, toujours prêts à découvrir ce monde d’odeurs, de bruits et de lumière.

Pour nous, Soursac était tout à la fois, corne d’abondance et pays de fées et de sorcières, émotions fortes garanties à vous en faire éclater le cœur.

Bientôt, après le temps du foin fraichement coupé viendra le temps du repli dans les Cantous, d’où s’échapperont de mystérieux nuages à la fragrance « Patchouli ».

 

En attendant avec délectation l’été prochain. Même pas pour de rire.

 

LE CHEMIN DES LOUPS

Les années sont passées si vite, mais comment te le dire et comment te l’écrire ?

Hier encore, en prenant le chemin des loups, « mais si, tu le connais !», entre la bergerie d’Alexandre et le château d’eau du Carmantran, nous descendions au ruisseau avec la Tinou, ce même ruisseau aujourd’hui devenu lac.

Sur ce chemin autrefois tant redouté nous prenions la poudre d’escampette, à pied ou en véhicule improbable, carcasse de landau devenue voiture à roulettes, après avoir copieusement pillé la réserve à clous et vis du Pépé Alexandre, sans que jamais il nous en tienne rigueur, le brave homme.

Une fois arrivés au terme de notre excursion, le cœur de la tourbière devenait notre royaume imaginaire.

Nos sandales étaient couvertes de criquets et de sauterelles comme il est encore possible de le voir en gravissant le Puy Violent, à proximité de Salers.

Bienvenue dans notre jungle miniature, rencontre avec ce peuple de l’infiniment petit.

Une explosion de vie et de couleurs : les libellules pavoisaient sous leurs plus beaux atours, irisées, mordorées. Les punaises d’eau sillonnaient la surface de l’eau en toute sérénité, défiant les lois de la physique tout en maintenant un bien improbable équilibre.

Les boutons d’or nous annonçaient un bel été cacophonique, bercés par des stridulations amoureuses destinées à séduire le partenaire d’un instant.

Les joncs d’eau étaient omniprésents, tels de fiers gardiens en hallebardes protégeant des douves « sabots de vaches », toujours prompts à nous faire trébucher dans une vase suspecte,

et à retenir captifs nos pas de géants dans un bruit de succion.

Notre excursion se terminait toujours par le serpent argenté du ruisseau du Pont Aubert, sillonné en tout sens par la promesse de fritures à venir.

En remontant le fil de l’eau, nous devenions les fiers successeurs des docteurs Schweitzer et Livingstone, découverts dans les derniers numéros de Fripounet.  

Un jour, un jour peut-être, un jour d’orange (hommage à Paul Eluard), le monde nous appartiendrait.

Mais pour y parvenir, il était difficile de progresser sans trébucher, entre vase, rochers et crevasses, les obstacles étaient de taille pour les marmousets que nous étions, la Michou et moi, et si par malheur nos pas mal assurés nous entrainaient dans l’eau du ruisseau, celle-ci nous transperçait comme autant d’aiguilles, tant le contraste était saisissant, entre la chaleur estivale et la main de glace nous enserrant les chevilles.

Cette terre de tous les dangers, baromètre de notre courage,  ne pouvait jamais nous retenir bien longtemps, attirés que nous étions par la certitude qu’au retour à la maison, la Mémé nous régalerait d’agapes fumantes, témoignage de son amour.

Qui n’a pas entendu le beurre fuser sur le Tourtou, celui-ci ayant à peine quitté la tuile de fonte, n’a pas encore vraiment vécu.

Spectacle pyrotechnique s’il en fut, entre le foyer rougissant, les joues cramoisies d’Anna et l’odeur aigrelette émanant de son pot à levain.

Et si le grand ordonnancement de notre monde avait commencé dans cette cuisine.

JLAF

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